Aller au contenu
  • Fait main au Maroc, par des artisans
  • Livraison suivie en France et en Europe
  • Retours sous 30 jours
Espace Pro
Chargement

Rubrique · Le zellige

L’art du zellige

De l’argile grise de Fès à l’étoile à seize branches de la médersa al-Attarine, le zellige est une géométrie que l’on taille au marteau. Tesselles, tracés, gestes et monuments : ce que nous avons appris des maîtres et des livres, pour que nos motifs soient justes.

La rosace à seize branches

Rosace à seize branches, pointes à 45° — la famille des panneaux de l’Attarine et de Bou Inania, à Fès. Tracé exact, à l’échelle d’une rosace d’environ 20 cm.

Histoire

Mille ans de terre émaillée

Né en Ifriqiya, porté à sa perfection par les Mérinides de Fès et les Nasrides de Grenade, le zellige n’a jamais cessé d’être taillé au Maroc.

  1. Xe – XIe siècle

    Les origines ifriqiyennes

    Les plus anciens fragments viennent de Sabra al-Mansuriyya, en Tunisie. Au palais de la Qalʿa des Banu Hammad, en Algérie (1068–1091), des étoiles à huit branches vertes alternent déjà avec des carreaux cruciformes.

  2. XIIe siècle

    Les Almohades, vert et blanc

    Le minaret de la Koutoubia, à Marrakech, porte le plus ancien zellige daté du Maroc : de simples bandes vertes et blanches. Les carreaux, percés, étaient alors cloués sur un cadre de bois.

  3. XIVe siècle

    L’âge d’or mérinide

    À Fès, les médersas al-Attarine (1323–1325) et Bou Inania (1350–1355) couvrent sols, lambris et piliers de tesselles minuscules : rosaces à seize branches, étoiles à huit, et même des pièces de moins de 2 cm.

  4. XIVe siècle

    Grenade et l’alicatado

    Au même moment, l’Alhambra développe la même technique, que l’Espagne appelle alicatado. Au Mirador de Lindaraja, certaines pièces mesurent à peine 2 mm. Séville la reprend au palais de Pierre Ier (1364–1366).

  5. XVIe siècle

    L’éclat saadien

    À Marrakech, la médersa Ben Youssef (1564–1565) prolonge la tradition mérinide, et les tombeaux saadiens, sous Ahmad al-Mansour, sont souvent tenus pour l’apogée du zellige.

  6. XVIIe – XVIIIe siècle

    Meknès et les grandes portes

    Sous Moulay Ismaïl et ses successeurs, le zellige quitte l’intérieur des cours : achevée en 1732, Bab Mansour, à Meknès, remplit de tesselles polychromes son réseau de losanges.

  7. XXe siècle – aujourd’hui

    Fès, conservatoire vivant

    Les grandes familles de maâlems fassis ont restauré les monuments et formé les ateliers actuels. Un tailleur expérimenté y découpe jusqu’à mille pièces par jour, toujours au marteau.

Le mot zellige vient de l’arabe zalaja, « glisser », à cause de la surface lisse de l’émail. L’espagnol azulejo en dérive aussi.

Les tesselles

Les furmah, pièces du puzzle

Chaque pièce taillée s’appelle une furmah. Les artisans en distinguent des centaines (un chercheur en a recensé 360) et leur donnent des noms en darija. En voici six, dessinées à partir de nos motifs, à leurs proportions réelles.

  • Khatem soulaymani

    Le sceau de Salomon

    L’étoile à huit branches : deux carrés égaux, l’un tourné de 45°. C’est la pièce-mère du système à huit qui domine le zellige de Fès et de Grenade.

    Dans nos motifs : 8,0 × 8,0 cm

  • Qamarchouna

    La croix aux bouts effilés

    La croix qui s’emboîte entre quatre étoiles. Ses encoches en V reçoivent exactement les pointes des khatems voisins.

    Dans nos motifs : 8,0 × 8,0 cm

  • Msedds

    L’hexagone

    Dans le champ de khatems, ces hexagones allongés relient les étoiles à huit aux étoiles à quatre. Leurs angles découlent tous de l’octogone.

    Dans nos motifs : 6,0 × 5,0 cm

  • Mkhammes

    Le pentagone

    Autour d’une étoile à douze branches, douze pentagones forment la couronne. Il appartient au système à douze, celui de la racine de trois.

    Dans nos motifs : 3,5 × 2,8 cm

  • Mtemmen

    L’octogone

    Le cœur des rosaces à huit : l’octogone régulier qui se forme au centre du khatem, et le polygone de base de tout le système.

    Dans nos motifs : 4,8 × 4,8 cm

  • Louza

    L’amande

    Un losange allongé aux angles de 45° et 135°. Par paires, les louzas doublent les pointes d’une étoile pour passer de douze à vingt-quatre branches.

    Dans nos motifs : 5,0 × 2,1 cm

Noms relevés par le linguiste Chakib Hoummad (2018) d’après André Paccard et des enquêtes auprès des artisans de Fès. La taille d’une pièce dépend de l’échelle du motif : la même croix mesure 1 cm dans un panneau fin et 8 cm dans un sol.

Le métier

Du four au mur, le geste du maâlem

Le zellige est une chaîne de spécialistes : potiers, émailleurs, tailleurs (nqaach), poseurs (fraach), sous l’œil du maâlem, le maître qui porte les motifs en mémoire.

10 × 10 cm
le carreau émaillé dans lequel on taille
360
formes de pièces recensées
1 000
pièces par jour pour un tailleur expérimenté
≈ 5 000
pièces pour un panneau de fontaine d’un mètre carré
  1. L’argile grise de Fès

    Extraite des collines autour de Fès (Jebel Ben Jelliq), l’argile riche en illite et kaolinite trempe en bassin, repose, puis est moulée en carreaux de 10 cm sur un lit de cendre.

  2. Deux cuissons et l’émail

    Une première cuisson donne le biscuit ; une face est trempée dans l’émail, puis le carreau repasse au four, chauffé aux grignons d’olive. Le vert vient du cuivre, le noir et le bleu de minerais.

  3. Le dessin du maâlem

    Le maître trace le motif, le plus souvent de mémoire, à la règle et au compas : un réseau de carrés et d’octogones, ou de triangles et d’hexagones, d’où naissent les étoiles.

  4. La taille au menqach

    Le nqaach reporte un gabarit sur le carreau, l’incise au marteau à tête biseautée contre une enclume d’acier, puis détache la pièce. Un finisseur biseaute le dos : seules les arêtes émaillées se toucheront.

  5. La pose face contre terre

    Le fraach assemble le panneau à l’envers, émail contre le sol, en partant du centre : la rosace d’abord, puis les couronnes. Il travaille sans voir le motif, de mémoire.

  6. Le coulage et le levage

    On coule au dos un mortier (plâtre et chaux autrefois, ciment aujourd’hui) ; une fois pris, le panneau est retourné et posé au mur d’un seul tenant.

Les monuments

Où voir le zellige

De Fès à Séville, les lieux où les maîtres ont fixé la grammaire du zellige. Les dates sont celles des chantiers.

  • Algérie · 1068–1091

    Qalʿa des Banu Hammad

    Pavements d’étoiles à huit branches et de carreaux cruciformes : l’un des premiers jalons du zellige maghrébin.

  • Marrakech · XIIe siècle

    Minaret de la Koutoubia

    Le plus ancien zellige daté du Maroc, en bandes vertes et blanches, sous les Almohades.

  • Fès · 1323–1325

    Médersa al-Attarine

    Lambris et piliers d’une finesse extrême ; une rosace à seize branches aux pointes de 45°, reprise plus tard au mausolée de Moulay Ismaïl, à Meknès.

  • Grenade · 1333–1367

    Alhambra, palais de Comares

    Les lambris d’alicatado de la salle des Ambassadeurs, sous Yusuf Ier puis Muhammad V. Au Mirador de Lindaraja, des pièces de 2 mm.

  • Fès · 1350–1355

    Médersa Bou Inania

    Panneaux à seize, huit, cinq et dix branches ; le minaret mêle zellige et réseau de losanges (darj wa ktaf).

  • Séville · 1364–1366

    Alcázar, palais de Pierre Ier

    Le chef-d’œuvre mudéjar : artisans de Grenade, de Tolède et de Séville, lambris de zellige et devise nasride.

  • Marrakech · 1564–1565

    Médersa Ben Youssef

    Fondée par le sultan saadien Abdallah al-Ghalib : les lambris de zellige continuent fidèlement la tradition mérinide.

  • Marrakech · 1578–1603

    Tombeaux saadiens

    Sous Ahmad al-Mansour, la salle des Douze colonnes associe marbre de Carrare, cèdre et zellige, souvent tenu pour l’apogée de l’art.

  • Meknès · 1732

    Bab Mansour

    Œuvre de l’architecte Mansour al-ʿAlj : pour la première fois, une porte monumentale dont le réseau de losanges est rempli de zellige polychrome.

  • Tétouan · XVe – XIXe siècle

    Médina de Tétouan

    Refondée par des Andalous chassés de Grenade, elle a son propre zellige : les pièces y sont taillées avant cuisson, d’où des joints plus larges et des couleurs plus douces.

  • Rabat · XIVe siècle

    Nécropole du Chellah

    Les ruines de la nécropole mérinide conservent des fragments de zellige contemporains de ceux de Fès.

  • Cordoue · 965

    Mosquée de Cordoue, mihrab

    Pour mémoire : la coupole du mihrab d’al-Hakam II est une mosaïque de verre et d’or de tradition byzantine, l’ancêtre andalou mais pas du zellige.

Les médaillons reprennent la famille de motifs dominante, redessinée par nos soins : ce ne sont pas des relevés des panneaux. La mosquée de Cordoue figure ici pour mémoire : son mihrab est une mosaïque de verre d’inspiration byzantine, pas du zellige.

Géométrie

Une étoile, deux carrés

Tout le zellige de Fès repose sur quelques tracés exacts. Regardez-les se construire, de la grille aux tesselles, et découvrez les proportions qui gouvernent nos motifs.

Voir les constructions
Le khatem : deux carrés à 45°
Le champ de khatems

Bibliographie

Les livres des maîtres

  • 1979

    Le Maroc et l’artisanat traditionnel islamique dans l’architecture

    André Paccard

  • 1996

    Arabesques. Art décoratif au Maroc

    Jean-Marc Castéra

  • 2017

    Islamic Geometric Patterns: Their Historical Development and Traditional Methods of Construction

    Jay Bonner

  • 2013

    Islamic Geometric Design

    Eric Broug

Toute la bibliographie

  • Why Moroccan Zellige Tiles Are So Expensive | So Expensive | Business Insider Vidéo : Business Insider En lançant la vidéo, YouTube peut déposer des cookies.
  • Porteurs de flambeaux - Zellige de Tétouan Vidéo : Bureau de l'UNESCO pour le Maghreb En lançant la vidéo, YouTube peut déposer des cookies.
  • The complex geometry of Islamic design - Eric Broug Vidéo : TED-Ed En lançant la vidéo, YouTube peut déposer des cookies.

Votre panier

Chargement

Votre panier attend sa première pièce.

Laissez-vous guider par nos univers, des ateliers de Fès aux céramiques de Safi.