Les grandes compositions
Médaillon, champ, bordures : l’anatomie d’un panneau, et les rosaces géantes à 24, 48 ou 96 branches.
Dans cette leçon, vous allez
- Décrire l’organisation d’un panneau : médaillon, champ, bordures, baguettes.
- Comprendre comment on passe de douze à vingt-quatre branches, et au-delà.
- Reconnaître le darj wa ktaf et la technique du teqchir.
Jusqu’ici, nous avons construit des étoiles, des champs et des rosaces. Un panneau de zellige les assemble dans une composition, avec un centre, un fond et un cadre. C’est là que le maâlem montre son art : choisir l’ordre de la rosace, faire en sorte que le champ tombe juste contre les bordures, régler les couleurs.
L’anatomie d’un panneau
Un panneau se lit du centre vers les bords.
- Le médaillon. Au centre, une grande rosace : douze, seize, vingt-quatre branches, parfois bien plus. C’est le point de départ du dessin et de la pose.
- Le champ. Autour, un motif répétitif, souvent dans le même système que la rosace (des khatems autour d’une rosace à seize, par exemple), qui remplit la surface.
- Les bordures. Une ou plusieurs frises encadrent le champ : une tresse, un motif d’étoiles et de croix plus petit, ou une frise d’écriture.
- Les baguettes. Entre chaque zone, de fines bandes, les qtib, servent de filets. Ce sont elles qui donnent au panneau sa netteté.
- Le médaillon : une rosace à seize branches.
- Le champ : un motif répétitif de khatems.
- La bordure : étoiles et croix, plus petites.
- Les baguettes (qtib), entre chaque zone.
Dans les quarts de panneau, aux angles, on retrouve souvent des quarts de rosace : le motif semble se poursuivre au-delà du cadre, comme si le mur n’en montrait qu’une fenêtre.
Des étoiles géantes
Louis Werner a suivi à Fès la pose d’un panneau de fontaine : un mètre carré, environ cinq mille pièces de trente-deux formes et huit couleurs, autour d’une étoile à vingt-quatre pointes. Le poseur commence par le médaillon à douze ; il ajoute deux louzas allongées de part et d’autre de chaque pointe, ce qui porte la couronne à vingt-quatre ; puis viennent les dirhams, ces petites étoiles à huit qui rayonnent autour.
- 8 Le khatem, base du système à huit
- 12 ʿitnashari, système à six
- 16 Attarine, Bou Inania
- 24 arbaʿ wa ʿishrini, avec des louzas
- 48 dit khamsini, « cinquante »
- 96 dit miʾini, « cent »
Les maîtres de Fès nomment ces étoiles par leur nombre de branches. Le khamsini (« cinquante ») et le miʾini (« cent ») ont en réalité 48 et 96 pointes : dans cette famille, le compte doit être divisible par six. Le mathématicien Craig Kaplan a photographié dans une boutique de Fès une étoile à quatre-vingts pointes, et note que le zellige marocain affiche souvent des étoiles centrales immenses. Nous n’avons pas trouvé de source attribuant une rosace à 96 pointes à un monument précis : on la rencontre surtout dans les commandes contemporaines.
Le darj wa ktaf
Toutes les grandes compositions ne sont pas des rosaces. Le darj wa ktaf, « marches et épaules », est un réseau de losanges aux bords découpés, hérité de l’architecture almohade et mérinide, que l’on appelle aussi sebka. On le voit sculpté dans la pierre et la brique ; on le voit aussi rempli de zellige, sur le minaret de la médersa Bou Inania à Fès, ou sur la grande porte de Bab Mansour à Meknès, achevée en 1732, où le réseau entier est rempli de tesselles colorées.
Le teqchir
Certaines frises ne sont pas faites de pièces assemblées, mais de carreaux gravés. Dans la technique du teqchir, « l’ouvrage pelé », on gratte l’émail des zones de fond pour laisser le motif brillant, en léger relief, souvent noir sur terre claire. On l’emploie pour les inscriptions et les entrelacs fins. À la médersa al-Attarine, des mots taillés en zellige mesurent moins de deux centimètres de haut.
Une géométrie plus savante qu’il n’y paraît
En 2007, les physiciens Peter Lu et Paul Steinhardt ont montré que des décors iraniens du XVe siècle reposent sur des pavages quasi cristallins, une géométrie que les mathématiciens occidentaux n’ont décrite que dans les années 1970. Des études plus récentes ont cherché des structures comparables dans les zelliges de l’Attarine, de Bou Inania et de la fontaine Nejjarine. Sans entrer dans ces débats, retenons que les maîtres maîtrisaient, par le tracé, des propriétés que les mathématiques n’ont nommées que bien plus tard.
À retenir
- Un panneau se lit du centre vers les bords : médaillon, champ, bordures et baguettes.
- Des paires de louzas doublent les pointes : de douze à vingt-quatre branches.
- Les étoiles dites à cinquante et à cent branches en ont en réalité 48 et 96.
- Un panneau de fontaine d’un mètre carré peut compter environ 5 000 pièces de 32 formes et 8 couleurs.
À regarder
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المعلم سعيد بنأديبة.. الذاكرة الحية للزليج المغربي Vidéo : Le360 Entretien avec le maâlem Saïd Benadiba, en arabe dialectal. À 1 min 53, ses grands chantiers ; à 8 min 14, ce qui fait un bon zellige selon lui.
Chapitres
- 0:24 Qui est le maâlem
- 1:53 Ses grands chantiers
- 4:39 Les palais royaux
- 6:29 L’état du métier
- 8:14 Ce qui caractérise le zellige
Sources
- Louis Werner (2001), Zillij in Fez.
- Jean-Marc Castéra (1996), Arabesques. Art décoratif au Maroc.
- Peter J. Lu, Paul J. Steinhardt (2007), Decagonal and Quasi-Crystalline Tilings in Medieval Islamic Architecture.
- André Paccard (1979), Le Maroc et l’artisanat traditionnel islamique dans l’architecture.
- Gülru Necipoğlu (1995), The Topkapı Scroll: Geometry and Ornament in Islamic Architecture.