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Compositions

Les grandes rosaces

Au centre d’un grand panneau de zellige, une rosace rayonne. Autour d’elle, d’autres rosaces font cercle, et un champ de pièces taillées comble chaque interstice sans laisser de vide. Voici comment une telle composition se construit, pièce par pièce : 977 tesselles, toutes tracées à la règle et au compas.

Du cœur vers le bord

Faites défiler : les tesselles prennent leur place couronne après couronne, dans l’ordre où le poseur les dispose.

  1. Le cœur

    Une étoile à seize pointes et ses seize pétales. Les ateliers donnent à la rosace centrale le nom de naʿoura, « la noria ».

  2. Le soleil à quarante-huit rayons

    Rayons de miel, filets noirs, flammes bleues et jaunes : quarante-huit pointes, comme les grandes rosaces que les ateliers de Fès appellent khamsini.

  3. Les seize satellites

    Seize rosaces à seize branches forment une couronne fermée ; chacune partage un côté avec chacune de ses voisines.

  4. Le champ et le cadre

    Les lignes qui sortent des rosaces se croisent et dessinent les pièces de remplissage, jusqu’au cadre de briquettes.

Anatomie

Lire une grande rosace

Une telle composition se lit en couronnes. Chaque couronne répète une seule forme, ce qui permet au tailleur de préparer ses pièces par séries.

  1. Le cœur

    33 pièces

    Étoile à seize pointes à 45°, seize pétales hexagonaux, seize losanges noirs qui referment la rosace sur un polygone à trente-deux côtés.

  2. Le soleil

    192 pièces

    Quarante-huit rayons qui s’élargissent vers l’extérieur, alternant avec quarante-huit creux qui s’effilent ; un polygone à quatre-vingt-seize côtés les coupe en deux couronnes.

  3. Les lobes et les flèches

    64 pièces

    La grande étoile qui contient le soleil a seize pointes ; chacune est taillée en un dard rouge et deux côtés blancs. Entre ses pointes, seize flèches bleu ciel avancent vers les satellites.

  4. Les satellites

    272 pièces

    Seize rosaces identiques au cœur, plus petites : une étoile et seize pétales chacune. Leurs couleurs alternent, bleu et jaune, rouge et ciel.

  5. Le champ

    320 pièces

    Hexagones (msedds), chevrons, perles blanches, pointes et grains : les pièces nées du croisement des lignes entre les rosaces.

  6. Le cadre

    96 pièces

    Une bordure de briquettes noires et blanches, six par côté, sur un polygone à seize côtés.

Vocabulaire

Les mots de l’atelier

Seuls figurent ici les termes que nous avons pu vérifier dans des sources publiées. D’autres noms circulent ; sans source sûre, nous les laissons de côté.

Tastir تسطير
De la racine « tracer des lignes » : l’ensemble des règles de construction géométrique d’un motif, plus qu’un dessin particulier. Des géomètres marocains étudient ainsi les rosaces à seize branches « de style tastir » (Ouazene et al., 2022).
Hasba et qasma
Deux méthodes de construction des motifs marocains, citées par les cristallographes Aboufadil, Thalal et Raghni (2013). La hasba part d’une grille tracée à mesures exactes.
Naʿoura ناعورة
La « noria » : le nom de la rosace centrale. Le lexique relevé par Chakib Hoummad (2018) le donne aussi pour une pièce circulaire.
Khamsini, miʾini
Les rosaces dites « à cinquante » et « à cent » comptent en réalité 48 et 96 pointes : dans cette famille, le nombre doit être divisible par six (Werner, AramcoWorld, 2001).
Khatem soulaymani خاتم سليمان
Le « sceau de Salomon », étoile à huit branches formée de deux carrés croisés : la base du système à huit, dont relèvent les rosaces à seize.
Furmah
Une tesselle taillée, une « forme ». Un chercheur en a recensé 360 différentes ; beaucoup portent le nom d’un objet familier.
Nqaash et fraash
Le tailleur, qui découpe les pièces au marteau, et le poseur, qui trace le plan au sol et assemble le panneau. Le maâlem est le maître qui dirige l’atelier.
Le tracé : l’anneau de seize hexadécagones, l’hexadécagone central et le cadre.

Géométrie

Seize rosaces autour d’une seule

Une rosace à seize branches ne pave pas le plan. Pour l’entourer de rosaces semblables, on part d’un pavage de polygones « en contact » : ici, seize hexadécagones réguliers disposés en anneau, chacun partageant un côté avec ses deux voisins, autour d’un hexadécagone central et dans un hexadécagone qui sert de cadre.

Du milieu de chaque côté partent deux traits, sous un même angle de 33,75° par rapport à la perpendiculaire, et chaque trait avance jusqu’à en rencontrer un autre. C’est la méthode des polygones en contact, décrite par E. H. Hankin en 1925 et systématisée par Jay Bonner. Dans chaque hexadécagone de l’anneau, l’étoile obtenue est remplacée par sa rosace : ses pétales ont pour côtés extérieurs ces traits mêmes.

Là où deux rosaces se touchent, les traits se croisent ; entre trois rosaces restent des régions irrégulières, que l’on remplit de pièces de raccord. C’est ainsi que se concilient des symétries incompatibles : chaque rosace garde sa géométrie, les pièces de remplissage absorbent l’écart. Jean-Marc Castéra a montré que, dans le zellige marocain, ce squelette suit une trame octogonale dont tous les angles sont des multiples de 45°.

En relief

Le panneau, carreau par carreau

Chaque tesselle devient ici une pièce de terre émaillée d’un centimètre d’épaisseur, posée sur un lit de mortier. Les pièces tombent couronne après couronne et trouvent leur place ; faites ensuite pivoter le panneau pour voir l’émail accrocher la lumière.

Comme sur un panneau posé à la main, chaque carreau est très légèrement incliné : c’est ce qui fait scintiller un mur de zellige.

Grande rosace de zellige : au centre, une rosace à seize branches et un soleil à quarante-huit rayons ; autour, seize rosaces à seize branches, un champ vert et un cadre noir et blanc.

Glissez pour faire pivoter le panneau. Touchez « Explorer en 3D », puis faites pivoter le panneau du doigt.

Où les voir

Les grandes compositions, de Fès à Grenade

Les rosaces d’ordre élevé se voient sur les lambris, les sols et les fontaines. Nous ne donnons un nombre de branches que lorsqu’il est documenté.

  • Fès · 1321–1323

    Médersa Sahrij

    Parmi les plus anciens zelliges de médersa conservés ; ses panneaux montrent le squelette d’étoiles et de saft (hexagones irréguliers) étudié par les géomètres.

  • Fès · 1323–1325

    Médersa al-Attarine

    Lambris, sols et piliers de zellige. On y voit des étoiles à seize branches associées à des étoiles à huit, et des cristallographes y ont décelé une structure quasi périodique.

  • Fès · 1350–1355

    Médersa Bou Inania

    Un panneau à étoile à seize branches et étoiles à huit réunit environ 500 pièces dans une seule unité de motif ; la médersa garde aussi un rare système à cinq et dix branches.

  • Marrakech · achevée en 1564–1565

    Médersa Ben Youssef

    Le lambris de zellige de la cour, sous les stucs et le cèdre : l’ordre « zellige, plâtre, bois » à l’époque saadienne.

  • Marrakech · 1557–1603

    Tombeaux saadiens

    Les lambris y portent des étoiles à seize côtés plus complexes encore, en pièces plus fines et plus minces que celles des Mérinides.

  • Fès · vers 1886–1907

    Dar Batha

    Palais devenu musée (rouvert en 2025), aux sols et fontaines de zellige. Il conserve un panneau dont une étoile à douze occupe le centre d’une rosace, encadrée d’étoiles à huit.

  • Grenade · XIVe siècle

    Alhambra

    Au Mexuar, de petites pièces forment des « roues » autour d’étoiles à huit et à seize branches. Au salon de Comares, les lambris portent des étoiles à huit et des motifs à douze ; ses étoiles à seize sont dans les stucs et les claustras.

  • Séville · 1364–1366

    Alcázar de Séville, salon des Ambassadeurs

    Le palais de Pierre Ier, bâti avec des artisans venus notamment de Grenade et de Tolède, garde des embrasures revêtues de zellige ; nous n’avons pas trouvé de relevé précis de leurs rosaces.

  • Casablanca · 1986–1993

    Mosquée Hassan II

    Le plus grand chantier de zellige du XXe siècle : une centaine de maâlems qualifiés parmi quelque 170 zelligeurs, selon la fondation de la mosquée.

  • Fès · 1969–1971

    Palais royal, portes de Dar al-Makhzen

    Portes de bronze doré encadrées de zellige, de darj wa ktaf et de muqarnas : les grands ateliers fassis composent toujours à cette échelle.

Les rosaces à 48 et à 96 pointes sont documentées comme catégories d’atelier, sans attribution à un monument précis. Sources : notre bibliographie et notre dossier de recherche.

Notre composition

Ce que montre ce panneau

Ce panneau n’est la copie d’aucun monument. C’est une composition construite pour cette page selon les règles décrites plus haut, et vérifiée au millimètre par notre générateur. Elle reprend la palette de Fès : blanc d’étain, noir de manganèse, bleu de cobalt, bleu ciel, miel, rouge, jaune et vert de cuivre.

977
tesselles entières
21
formes de pièces
8
émaux
16
axes de symétrie (8 pour les couleurs)
1,06 m
de diamètre
33,75°
un seul angle de tracé

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