Reconnaître un vrai zellige et l’entretenir
Les joints, l’émail, le dos, le prix : cinq indices pour reconnaître un zellige taillé, et les bons gestes pour le garder beau.
Dans cette leçon, vous allez
- Distinguer un zellige taillé d’un carreau imprimé ou d’une imitation en grès.
- Savoir ce que révèlent les joints, l’émail, la tranche et le prix.
- Entretenir le zellige sans l’abîmer.
Le mot « zellige » s’est popularisé, et il désigne désormais beaucoup de choses : des carreaux de grès qui en imitent l’aspect, des carreaux de ciment, des carreaux imprimés d’étoiles. Rien de tout cela n’est déshonorant, mais ce n’est pas du zellige. Cette dernière leçon met à profit tout ce que vous avez appris pour faire la différence, puis pour bien vivre avec un vrai zellige.
Indice 1 : les joints
C’est le test le plus sûr, et il se fait d’un coup d’œil. Dans un zellige taillé, chaque ligne du motif est un joint : les joints suivent le contour des étoiles, des croix, des amandes. Sur un carreau imprimé ou émaillé au pochoir, le motif est un dessin, et les seuls joints sont ceux de la grille des carreaux : des lignes droites qui traversent les étoiles en plein milieu.
Taillé et assemblé
Imprimé
Pour les carreaux unis de 10 × 10 cm, ce test ne s’applique pas : il faut regarder la surface.
Indice 2 : l’émail
Un zellige est façonné et émaillé à la main, puis cuit dans un four où la chaleur n’est jamais tout à fait uniforme (leçon 2). Il en résulte :
- une surface qui ondule légèrement et accroche la lumière de façon irrégulière ;
- des nuances d’un carreau à l’autre, parfois au sein d’un même carreau ;
- de petits trous, des bulles ou de fines craquelures dans l’émail ;
- des bords irréguliers, parfois légèrement écaillés.
Un carreau parfaitement plat, aux arêtes vives, à la teinte identique sur toute une palette, est presque toujours industriel.
Indice 3 : le dos et la tranche
Retournez une pièce taillée : ses flancs sont obliques, biseautés au marteau (leçon 3), et le dos est en terre brute. Un carreau de zellige uni est lui aussi biseauté en sous-face, ce qui permet le joint d’un millimètre. Une imitation en grès porte souvent au dos le relief régulier d’un moule industriel.
Indice 4 : l’irrégularité
Mesurez quelques carreaux unis. Un zellige fait main varie de quelques dixièmes de millimètre d’un carreau à l’autre, en côté comme en épaisseur (environ un centimètre pour les carreaux muraux actuels, davantage pour les carreaux anciens et les sols), et ses angles ne sont jamais parfaitement vifs. Des carreaux rigoureusement identiques, calibrés au dixième, sortent d’une presse industrielle.
Indice 5 : le prix
Un panneau taillé demande des milliers de pièces et des jours de travail pour plusieurs artisans. Il ne peut pas être bon marché. En 2001, un panneau d’un mètre carré à étoile à dix pointes valait déjà plus de 1 500 dollars à Fès. Un « zellige » mosaïque vendu au prix d’un carrelage courant est presque certainement imprimé ou moulé.
Entretenir le zellige
Le zellige vit bien, à condition de le traiter simplement.
- Au quotidien : un chiffon humide, de l’eau tiède et un savon doux. Le savon noir, utilisé au Maroc, convient très bien.
- À éviter : les produits acides (vinaigre, détartrants), qui attaquent les joints et les zones sans émail, et les éponges ou poudres abrasives, qui rayent l’émail.
- Dans une douche ou une cuisine : faites traiter les joints et les tranches avec un hydrofuge adapté si le fabricant le recommande, et renouvelez-le selon ses indications.
- Les éclats font partie de la vie du zellige ; une pièce abîmée dans un panneau peut être retaillée et remplacée par un artisan, comme le font les maâlems qui restaurent les monuments.
- En extérieur, demandez au fabricant si ses carreaux résistent au gel : ce n’est pas le cas de toutes les terres.
Acheter en confiance
Demandez d’où vient le zellige, qui l’a taillé et comment il a été cuit. Un vendeur sérieux répond précisément. Chez eMaroc, chaque fiche produit indique la ville d’origine et la technique de la pièce.
Vous voilà au terme du cours. Vous savez d’où vient le zellige, comment il se fabrique, se trace, se taille et se pose, et comment le reconnaître. Le meilleur exercice reste maintenant d’aller le voir : à Fès, à Meknès, à Marrakech, à Tétouan, à Grenade, ou simplement de plus près, sur un mur près de chez vous.
À retenir
- Dans un vrai zellige, les joints suivent le contour de chaque pièce ; sur un carreau imprimé, une grille droite traverse le motif.
- Un émail qui ondule, varie de nuance et présente de petits trous ou de fines craquelures est le signe d’une fabrication à la main.
- Retournée, une pièce taillée montre un dos biseauté, marqué par le marteau.
- Pour l’entretien : eau, savon doux, chiffon ; jamais d’acide ni d’abrasif.
À regarder
Des films choisis pour cette leçon. Rien ne se charge avant votre clic.
Why Moroccan Zellige Tiles Are So Expensive | So Expensive | Business Insider Vidéo : Business Insider La question que tout acheteur se pose : pourquoi le zellige coûte-t-il si cher ? La réponse tient dans les heures de travail que montre ce reportage tourné à Fès. En anglais.
Sources
- Louis Werner (2001), Zillij in Fez.
- Ann Shafer (2019), No Man is an Island: Globalisation and Resilience in the Fez zillij Tradition.
- Jean-Marc Castéra (1996), Arabesques. Art décoratif au Maroc.
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