Les rosaces à douze et à seize branches
Une étoile au centre, une couronne de pétales autour : la règle de la rosace, appliquée à douze puis à seize branches.
Dans cette leçon, vous allez
- Distinguer le système à six (racine de trois) du système à huit.
- Construire une rosace à douze : étoile centrale et douze pétales.
- Lire la rosace à seize des médersas mérinides.
Les grandes rosaces sont la signature du zellige marocain. Les chercheurs notent que les compositions en rosaces, de plus en plus vastes, sont devenues une spécialité du Maroc. Leur principe est pourtant simple : une étoile au centre, et autour d’elle une couronne de pétales qui épousent ses pointes. Cette leçon le montre sur douze branches, puis sur seize.
Deux familles
Le zellige maghrébin et andalou est dominé par le système à huit, celui de la racine de deux, que vous connaissez depuis le khatem. Mais il en existe un second, fondé sur la racine de trois : celui du triangle et de l’hexagone, qui donne des étoiles à six, douze et vingt-quatre branches. Louis Werner rapporte que les maîtres de Fès connaissent aussi des séquences fondées sur cinq ; la médersa Bou Inania possède même un panneau d’étoiles à cinq et dix branches.
Les artisans désignent ces grandes étoiles par leur nombre de branches : ʿitnashari pour douze. Une composition à douze s’appelle ṣfet tnaʿch, « motif à douze ».
La rosace à douze
Le rayon reporté six fois, puis divisé : douze points.
Quatre triangles équilatéraux.
L’étoile à douze, puis la couronne de pétales.
Les pièces : l’étoile et ses douze pétales.
La division du cercle. Le douze naît de l’hexagone, et l’hexagone du compas seul : sur un cercle, le rayon se reporte exactement six fois. En coupant chaque arc en deux, on obtient douze points, à 30° les uns des autres.
L’étoile. En joignant les points quatre par quatre, on dessine quatre triangles équilatéraux superposés. Leur contour est une étoile à douze branches, aux pointes de 60°. Pour un rayon de pointe égal à 1, les creux entre les pointes se trouvent à 0,707 du centre.
La couronne. Chaque pétale vient se loger dans le creux entre deux pointes. Ses deux côtés intérieurs sont les arêtes de l’étoile ; depuis chaque pointe part un côté radial, de même longueur qu’une arête ; puis deux côtés extérieurs, parallèles aux côtés intérieurs opposés, se rejoignent sur l’axe. Le pétale est un hexagone parfaitement symétrique.
Les pièces. L’étoile se taille souvent d’un seul tenant ; les douze pétales sont des pièces identiques. Dans un champ, chaque rosace est ensuite entourée de pentagones, les mkhammes, et de petits triangles qui la relient à ses voisines.
La rosace à seize
La rosace à seize suit exactement la même règle, avec une étoile centrale aux pointes de 45°. C’est elle qui orne un grand panneau de la médersa al-Attarine, à Fès, achevée en 1325 ; la même composition se retrouve à la médersa Bou Inania, sur un panneau de l’Alhambra conservé au Victoria and Albert Museum de Londres, et au mausolée de Moulay Ismaïl à Meknès, au XVIIIe siècle. Quatre siècles et deux rives pour un même tracé : la preuve que ces dessins circulaient, de maître à élève, avec une grande fidélité.
Les seize branches appartiennent au système à huit : on les obtient en divisant le cercle en huit, puis en coupant chaque arc en deux. C’est pourquoi la rosace à seize s’inscrit naturellement dans un octogone et se marie avec des khatems tout autour.
Les valeurs calculées
Pour une étoile dont les pointes sont sur un cercle de rayon 1 :
| Rosace à 12 | Rosace à 16 | |
|---|---|---|
| Angle des pointes | 60° | 45° |
| Rayon des creux | 0,707 | 0,689 |
| Épaulement des pétales | 1,366 | 1,351 |
| Apex des pétales | 1,673 | 1,720 |
Ces valeurs viennent de notre propre calcul, selon la règle décrite par Jay Bonner et Eric Broug ; elles n’ont pas été relevées sur un panneau précis, mais nos dessins à l’échelle les respectent au centième de millimètre.
Et au-delà
En doublant les pointes d’une étoile à douze avec des paires de louzas, on passe à vingt-quatre branches ; les maîtres de Fès vont jusqu’à quarante-huit et quatre-vingt-seize. C’est l’objet de la prochaine leçon : les grandes compositions.
À retenir
- Une rosace, c’est une étoile centrale entourée d’une couronne de pétales qui épousent ses pointes.
- Le douze naît de l’hexagone : on reporte le rayon six fois sur le cercle, puis on divise en deux.
- Les pétales ont des côtés parallèles deux à deux et des côtés radiaux de la longueur d’une arête d’étoile.
- La rosace à seize, pointes à 45°, orne l’Attarine (1325), Bou Inania et le mausolée de Moulay Ismaïl à Meknès.
À regarder
Des films choisis pour cette leçon. Rien ne se charge avant votre clic.
L'héritage de My Hafid, grand maître zellige de la mosquée Hassan II l À l'école des artisans Ep.11 Vidéo : Le360 News Plus de sept cents panneaux dessinés par le maître Moulay Hafid pour la mosquée Hassan II et les palais royaux. Cherchez les étoiles centrales et comptez leurs branches.
Exercice · Leçon 7
Exercice : une rosace à douze branches
Comptez trente minutes. La rosace obtenue mesurera environ 13 cm de diamètre.
Matériel
- Un compas
- Une règle
- Un crayon et une gomme
- Trois couleurs (vert, blanc, ocre)
Étapes
- Tracez un cercle de centre O et de rayon 4 cm. Sans changer l’ouverture, piquez le compas sur un point du cercle et reportez le rayon six fois tout autour : vous obtenez les six sommets d’un hexagone.
- Tracez les trois diamètres qui joignent ces sommets, puis leurs perpendiculaires (ou les bissectrices de chaque angle) : le cercle porte maintenant douze points, à 30° les uns des autres.
- Reliez les points quatre par quatre : vous dessinez quatre triangles équilatéraux qui se superposent. Leur contour extérieur est une étoile à douze branches, aux pointes de 60°.
- Mesurez une arête d’étoile (du creux à la pointe, environ 1,5 cm). Sur le prolongement de chaque rayon qui passe par une pointe, reportez cette longueur au-delà de la pointe : ce sont les épaulements des pétales.
- Depuis chaque épaulement, tracez une droite parallèle à l’arête d’étoile opposée, jusqu’à la bissectrice entre deux pointes : c’est l’apex du pétale. Chaque pétale est un hexagone, symétrique, logé dans le creux entre deux pointes.
- Coloriez l’étoile en vert et les pétales en blanc. Vérifiez que tous les pétales sont identiques et que leurs côtés opposés sont parallèles.
Le modèle, étape par étape
Le rayon reporté six fois, puis divisé : douze points.
Quatre triangles équilatéraux.
L’étoile à douze, puis la couronne de pétales.
Les pièces : l’étoile et ses douze pétales.
eMaroc · Cours de zellige · https://emaroc.fr/fr_FR/zellige/cours/les-rosaces-a-douze-et-seize
Sources
- Louis Werner (2001), Zillij in Fez.
- Jay Bonner (2017), Islamic Geometric Patterns: Their Historical Development and Traditional Methods of Construction.
- Eric Broug (2013), Islamic Geometric Design.
- Brian Wichmann (MIT Libraries), Tiling Search — base de données des pavages islamiques.
- David Wade, Pattern in Islamic Art — photothèque.