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Guide de l’acheteur

Le guide du cuir

Chèvre, vachette ou agneau ; tannage au chrome ou aux tanins végétaux ; odeur, patine, entretien. Ce qu’il faut savoir avant d’acheter une pièce de Fès, et ce que nous vérifions pour vous.

  • Chèvre
  • Vachette
  • Agneau et mouton
  • Dromadaire

Quatre peaux, quatre grains. Les nuanciers de cette page sont des illustrations : chaque peau, et chaque bain, donne une teinte différente.

Les peaux

Quatre peaux, quatre caractères

À Fès, on travaille surtout la chèvre, la vache, le mouton et le dromadaire. Chacune a son grain, son épaisseur et ses usages.

Comparatif des peaux travaillées par les maroquiniers marocains
Peau Grain Épaisseur et toucher Usages État des sources
Chèvre maroquin, chevreau Marqué, « plus ou moins grenu » : le grain du maroquin. Fine et souple ; prend bien la teinture et la dorure. Babouches ziwani de Fès, reliure, petite maroquinerie, poufs. Documenté Le maroquin est un type de cuir (chèvre tannée au sumac), pas une garantie d’origine.
Vachette vache, veau ; croûte Plus discret et régulier. Épaisse et robuste. Sacs, ceintures, semelles. Documenté La tannerie Sidi Moussa, à Fès, en est historiquement la spécialiste. La croûte est la couche inférieure, séparée de la fleur.
Agneau et mouton basane, agneau Fin, presque lisse. Plus souple et moins résistante que la chèvre. Doublures, guadamecí andalou, maroquin bon marché (« French morocco »). Documenté La basane est le mouton tanné, support des cuirs dorés et peints de Cordoue.
Dromadaire cuir de dromadaire Variable selon les peaux. Réputé dense et plus léger que la vache, selon des vendeurs. Sacs, poufs, babouches. Peu documenté La tannerie Chouara traite bien des peaux de dromadaire, mais leurs propriétés ne sont décrites que par des vendeurs : à prendre avec prudence.

Le chagrin, cuir grenu de la croupe du mulet, de l’âne ou du cheval, sert surtout à la reliure et aux étuis.

Reconnaître un vrai cuir

Cinq signes à vérifier

Aucun signe isolé n’est une preuve. Ensemble, ils permettent de distinguer un cuir d’une imitation, et un tannage d’un autre.

  1. Le mot « cuir », et l’animal

    En France, le mot « cuir » est réservé aux matières d’origine animale (décret n° 2010-29). Une étiquette sérieuse nomme aussi l’animal : vachette, chèvre, agneau. « Simili » ou « PU » désignent des matières synthétiques.

    Ne confondez pas un cuir tanné au végétal (une peau animale tannée aux tanins de plantes) et les matières dites « végétales », qui ne sont pas du cuir.

  2. Un grain vivant

    Sur une peau pleine fleur, le grain est irrégulier : pores visibles, plis, petites cicatrices refermées, légères différences de teinte. C’est normal.

    Un grain parfaitement identique sur toute la pièce peut signaler une fleur corrigée ou une matière imprimée. Ce n’est pas une preuve.

  3. La tranche

    Sur une coupe brute, un cœur bleu-vert ou gris-bleu signale un tannage au chrome ; une coupe brune homogène évoque un tannage végétal (Institut canadien de conservation).

    Une tranche teintée, cirée ou repliée masque ce signe. Un support textile tissé visible dans la tranche signale une matière enduite.

  4. Le revers

    Côté chair, un cuir non doublé montre des fibres serrées, au toucher velouté et un peu irrégulier.

    Un revers en tissu régulier ou en mousse n’est pas une peau.

  5. L’odeur, sans conclure

    Un cuir a une odeur. Mais elle se masque, s’imite, et une odeur forte ne garantit rien. C’est un indice, jamais une preuve.

    Voir plus bas : d’où vient l’odeur des cuirs de Fès.

Lire une tranche

Tannage au chrome — cœur bleu-vert ou gris-bleu entre deux faces teintes

Tannage végétal — brun homogène dans toute l’épaisseur

Coupe schématique d’après l’Institut canadien de conservation. Les teintes réelles varient selon les bains.

Les « tests » du briquet ou de la goutte d’eau qui circulent abîment l’objet et ne tranchent rien. Nous ne les recommandons pas. Sur nos fiches, l’animal est toujours nommé et le tannage n’est indiqué que s’il est attesté par le tanneur.

L’odeur

Pourquoi un sac de Fès peut sentir fort

Ce n’est ni un défaut caché ni un gage d’authenticité. C’est la trace des bains de la tannerie, et parfois d’un séchage trop court.

D’où elle vient

  1. La chaux

    L’épilage se fait dans des cuves de chaux vive, de sel et d’eau, auxquelles certaines sources ajoutent de l’urine de vache.

  2. La fiente de pigeon

    Avant le tannage, on assouplit la peau dans un bain de fiente : son ammoniaque et ses enzymes ouvrent les fibres.

  3. Un séchage court

    Les peaux sèchent au soleil sur les terrasses, environ trois jours selon un reportage. Si la pièce est cousue et emballée vite, l’odeur reste prisonnière.

Cette explication est cohérente avec les sources sur le procédé, mais aucune étude ne l’a mesurée.

Elle s’estompe à l’air libre

Comptez quelques jours, parfois quelques semaines pour une grande pièce.

  • Sortez la pièce de son emballage plastique.
  • Laissez-la ouverte dans une pièce aérée, à l’ombre.
  • Rembourrez-la de papier non imprimé, que vous changez de temps en temps.
  • Évitez soleil direct, radiateur et parfums en spray : ils dessèchent ou tachent le cuir.

Ce que nous demandons à nos fournisseurs

  • Un séchage d’au moins deux semaines avant fabrication.
  • Un contrôle olfactif de chaque lot à son arrivée en France.
  • Sur la fiche, une mention honnête : « une légère odeur de cuir naturel, qui s’estompe en quelques jours à l’air ».

Une pièce vous arrive avec une odeur forte ? Écrivez-nous : vous gardez votre droit de rétractation de 14 jours.

Une odeur forte n’est pas une preuve d’authenticité. Un cuir bien séché, de Fès ou d’ailleurs, sent peu.

La patine

Dix ans en un geste

Faites vieillir cinq cuirs en même temps. Le cuir tanné au végétal fonce, se réchauffe et se lustre ; le cuir au chrome change peu et tend à pâlir.

Neuf
  • Végétal naturel

    Fonce nettement, se réchauffe, se lustre.

  • Végétal cognac

    Fonce, se lustre.

  • Chrome cognac

    Change peu, peut pâlir.

  • Chrome rouge

    Change peu, peut pâlir à la lumière.

  • Noir

    Reste noir, se lustre à peine.

Neuf : la teinte d’origine, le grain bien net.

Ce qui se passe

  • Oxydation

    Les tanins végétaux et les huiles de nourriture s’oxydent à l’air : le cuir fonce et se réchauffe.

  • Lumière

    Les UV accélèrent ce brunissement. Ils font aussi pâlir les teintures, d’où l’éclaircissement des cuirs au chrome.

  • Frottement

    La main et les vêtements polissent la fleur : le grain s’adoucit et prend un brillant.

Simulation indicative. Ces mécanismes sont décrits par les artisans plus que par la recherche ; l’Institut canadien de conservation documente surtout la migration des tanins avec l’humidité, qui noircit le cuir, et la « pourriture rouge » des cuirs végétaux mal conservés.

Entretien

Peu de soins, mais les bons

Nos repères viennent de la note 8/2 de l’Institut canadien de conservation (ICC), écrite pour les musées. Nous l’adaptons aux objets de tous les jours.

  • Le climat

    45 à 55 % d’humidité relative et 18 à 20 °C. Sous 30 %, le cuir devient cassant ; au-dessus de 65 %, il moisit.

  • La lumière

    Les dommages dus à la lumière sont cumulatifs et irréversibles. Les musées limitent l’éclairage à 150 lux, et à 50 lux pour un cuir teint. Chez vous : loin d’une fenêtre au soleil.

  • La poussière

    Une brosse douce suffit. Pas d’eau ni de produit ménager.

  • Le rangement

    Dans un sac en coton ou du papier sans acide, à plat, rembourré de papier de soie pour garder la forme. Jamais dans du plastique fermé.

Nourrir le cuir ?

L’ICC ne recommande plus huiles, lanoline ni savon glycériné pour les objets de musée : les huiles s’oxydent, foncent et attirent la poussière, et le savon glycériné est trop alcalin.

Notre conseil pour un objet d’usage : une crème légère, testée sur une zone cachée, appliquée avec parcimonie, une à deux fois par an au plus.

À éviter

  • Sécher au radiateur, au sèche-cheveux ou au soleil.
  • Huiles de cuisine, vaseline, lingettes et produits ménagers.
  • Les housses en plastique, qui gardent l’humidité.
  • Trop de crème : le cuir colle, fonce et retient la poussière.

Premiers secours

Pluie
Épongez sans frotter avec un linge doux, rembourrez de papier non imprimé et laissez sécher à température ambiante, loin de toute source de chaleur.
Tache grasse
Tamponnez tout de suite avec un papier absorbant, sans frotter ni mouiller. Si la tache reste, confiez la pièce à un cordonnier ou à un spécialiste du cuir.
Auréole ou rayure
Sur un cuir végétal, une rayure légère s’atténue souvent sous le doigt. Pour une auréole, demandez conseil avant d’essayer quoi que ce soit.

Source : Institut canadien de conservation, note 8/2, sur le soin des cuirs tannés au végétal et au minéral.

Réglementation et engagements

Ce que dit la loi, ce que nous faisons

eMaroc est le responsable de nos produits dans l’Union européenne. Ces règles s’appliquent à chaque pièce que nous vendons.

  • Le mot « cuir »

    La règle
    En France, « cuir » est réservé aux matières d’origine animale (décret n° 2010-29).
    Chez eMaroc
    Le mot n’apparaît jamais seul sur nos fiches : l’animal est toujours nommé.
  • Le chrome VI

    La règle
    Le cuir en contact avec la peau doit contenir moins de 3 mg/kg de chrome hexavalent (règlement REACH, annexe XVII, entrée 47).
    Chez eMaroc
    Nous exigeons un rapport d’essai par lot ou par fournisseur, gardé au dossier du produit.
  • Les chaussures

    La règle
    Les matériaux de la tige, de la doublure et de la semelle s’affichent par pictogrammes (directive 94/11/CE).
    Chez eMaroc
    Nos babouches portent cet étiquetage, repris sur la fiche.
  • Le « tannage végétal »

    La règle
    Une allégation doit être prouvée.
    Chez eMaroc
    Nous n’écrivons « tannage végétal » que sur attestation du tanneur. Les teintures 100 % naturelles sont l’héritage historique des tanneries, pas la pratique majoritaire aujourd’hui.
  • L’odeur

    La règle
    Pas de règle, mais une attente légitime.
    Chez eMaroc
    Séchage d’au moins deux semaines demandé, contrôle olfactif à réception.

Questions fréquentes

Vos questions sur le cuir

Pourquoi mon sac en cuir marocain sent-il fort ?

L’odeur vient des bains de la tannerie (chaux, sel, fiente de pigeon) et d’un séchage parfois court. Elle ne signale ni un défaut ni un cuir « plus authentique ». Sortez la pièce du plastique et laissez-la s’aérer à l’ombre : l’odeur s’estompe.

Combien de temps l’odeur met-elle à partir ?

En général quelques jours à l’air libre, parfois quelques semaines pour une grande pièce comme un pouf. Nous demandons à nos fournisseurs un séchage d’au moins deux semaines et contrôlons l’odeur de chaque lot à réception.

Comment savoir si c’est du vrai cuir ?

Vérifiez que l’étiquette dit « cuir » et nomme l’animal, regardez le grain (irrégulier sur une pleine fleur), la tranche et le revers. Aucun signe seul ne suffit, et les tests du briquet ou de l’eau abîment l’objet sans rien prouver.

Le cuir marocain est-il tanné au végétal ?

Pas forcément. Le maroquin historique était tanné au sumac, à la noix de galle ou à la tizra, mais des reportages décrivent aussi l’emploi du chrome à Fès. Une coupe brune homogène évoque un tannage végétal ; nous ne l’affirmons que sur attestation du tanneur.

Les couleurs des tanneries sont-elles naturelles ?

Coquelicot, indigo, safran, henné : c’est ce que l’on raconte aux visiteurs et c’est l’héritage historique. Selon plusieurs enquêtes, les colorants de synthèse dominent aujourd’hui.

Comment entretenir un sac en cuir ?

Brosse douce pour la poussière, rangement dans du coton ou du papier sans acide, loin du soleil et des radiateurs, entre 45 et 55 % d’humidité. Pour nourrir, une crème légère testée sur une zone cachée, avec parcimonie. Évitez huiles et savon glycériné.

Mon cuir a pris la pluie : que faire ?

Épongez sans frotter, rembourrez de papier non imprimé et laissez sécher à température ambiante. Jamais de radiateur ni de sèche-cheveux : la chaleur durcit et fait craqueler le cuir.

Mon sac va-t-il changer de couleur ?

Un cuir tanné au végétal fonce et se lustre avec le temps : c’est la patine. Un cuir au chrome change peu et peut pâlir à la lumière. Le simulateur de cette page vous montre la différence.

Testez vos connaissances

Cinq questions sur ce guide. Rien n’est enregistré.

Question 1 sur 5 Sur une tranche brute, un cœur bleu-vert signale…
Question 2 sur 5 Une forte odeur de tannerie prouve que le cuir est authentique.
Question 3 sur 5 Quelle humidité relative l’ICC recommande-t-il pour conserver le cuir ?
Question 4 sur 5 Quel cuir fonce et se lustre le plus avec les années ?
Question 5 sur 5 Quelle limite fixe REACH pour le chrome VI dans un cuir en contact avec la peau ?

Pour aller plus loin

Lectures et sources

Les ouvrages de référence sur les tanneries de Fès, la reliure, les cuirs andalous et la broderie sur cuir.

Les tanneries de Fès

  1. Roger Le Tourneau, L. Paye (1935). La corporation des tanneurs et l’industrie de la tannerie à Fès. Hespéris 21, p. 167-240.

    La référence sur la corporation des tanneurs de Fès.

  2. Roger Le Tourneau (1949). Fès avant le protectorat. SMLE, Casablanca.

    ISBN 0-404-12104-7

  3. Titus Burckhardt (1992). Fez, City of Islam. Islamic Texts Society, Cambridge.

    ISBN 0-946621-17-9

    Les métiers et les corporations de la médina ; original allemand de 1960.

Reliure et dorure

  1. Al-Sufyānī (éd. Prosper Ricard) (1619). Ṣināʿat tasfīr al-kutub wa-ḥall al-dhahab — l’art de la reliure et de la dorure. Fès, 1619 ; éd. Paris, 1925.

    Le traité fassi de la reliure et de la dorure au fer.

  2. Karin Scheper (2015). The Technique of Islamic Bookbinding. Brill, Leiden.

    ISBN 978-90-04-29092-1

    Sections sur al-Sufyānī et la reliure maghrébine (2ᵉ édition).

  3. Gulnar Bosch, John Carswell, Guy Petherbridge (1981). Islamic Bindings & Bookmaking. Oriental Institute, Chicago.

    ISBN 0-918986-31-1

Cordoue et al-Andalus

  1. José Ferrandis Torres (1955). Cordobanes y guadamecíes. Sociedad Española de Amigos del Arte, Madrid.

    Catalogue illustré de l’exposition de Madrid ; copie numérisée en ligne.

  2. Teresa María Alors Bersabé (2011). La producción y comercialización del guadamecí en Córdoba durante el siglo XVI. Ámbitos 25, p. 87-96.

    Le guadamecí, basane argentée, dorée et peinte, réglementée à Cordoue en 1529.

  3. Jerrilynn D. Dodds (dir.) (1992). Al-Andalus: The Art of Islamic Spain. The Metropolitan Museum of Art, New York.

    ISBN 0-87099-637-1

Broderie sur cuir

  1. Anne-Marie Goichon (1939). La broderie au fil d’or à Fès. Hespéris 26.

  2. Gillian Vogelsang-Eastwood (dir.) (2016). Encyclopedia of Embroidery from the Arab World. Bloomsbury, Londres.

    ISBN 978-0-85785-397-4

    Chapitre « Embroidery from Morocco », p. 188-209.

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